



Filippo Sorcinelli
Reliqvia
L'Histoire
Reliqvia tire son nom de la relique et non de l'église, et la nuance compte : il est conçu comme un objet que l'on a tenu en main et conservé, non comme un espace où l'on pénètre. Sorcinelli a raconté avoir commencé par la musique, qui demeure sa première source d'inspiration ; cela s'entend à la lenteur avec laquelle ce parfum se résout.


Boisé
grain sec du bois fraîchement coupé
L'odeur des copeaux de cèdre, du santal et des racines sèches de vétiver, une chaleur poncée et résineuse au léger râpé de plumier. Ancré et posé, c'est l'épine dorsale tranquille qui rend un parfum sérieux et durable.


Fumé
Bois calciné et braises qui s'élèvent
L'odeur sèche et calcinée du bois qui brûle, de l'encens qui se consume et de la cendre qui s'attarde, tantôt goudronneuse, tantôt ténue et grise. Ténébreuse et chargée d'atmosphère, elle évoque un feu mourant et un courant d'air frais qui emporte son dernier souffle.


Balsamique
Sève d'arbre devenue épaisse et dorée
Des résines d'arbre et de l'ambre doré, épaissis en sirop et effleurés de vanille. Il ne scintille pas, ne bouge pas : il se pose, réchauffe la peau comme la lueur d'une bougie réchauffe une pièce, et y demeure longtemps après que les notes de tête se sont tues.


Aromatique
Herbes froissées dans l'air frais
La fraîcheur verte et camphrée de la lavande, du romarin, de la sauge et du thym, comme des herbes meurtries entre les doigts. Propre, vivifiante et un brin austère, elle est l'épine dorsale nette d'une fraîcheur classique de barbier.

Ambre
Résine chauffée jusqu'à devenir sucrée
Labdanum, benjoin et vanille fondus ensemble en une matière sucrée mais sombre, comme une sève d'arbre amollie au soleil, traversée d'un fil de fumée d'encens. L'ambre ne scintille pas et n'élève pas la voix. Il reste près de la peau et diffuse sa chaleur pendant des heures.
Épicé chaud
Braises rougeoyantes du tiroir à épices
La chaleur ronde de la cannelle, du clou de girofle et de la muscade, sèche et légèrement résineuse, plus placard de pâtissier que cuisine aux arêtes vives. Elle diffuse une chaleur enveloppante qui fait monter le rouge aux joues, intime, faite pour les jours frais, et qui étreint la peau de l'intérieur.

Patchouli
Terre humide et bois sombre après la pluie
Ce que c'est
Personne ne pense à la menthe, et pourtant c'est bien sa famille : un arbuste feuillu dont les feuilles sont séchées puis laissées à mûrir, presque jusqu'à la fermentation, avant que la distillation n'en tire une huile épaisse et sombre comme un sirop.
Son odeur
Terre mouillée, sous-bois, vieille cave, avec en dessous une douceur vineuse. Jeune, l'huile peut se montrer vive et verte, presque camphrée. Vieillie, elle prend le chemin inverse, vers le chocolat et le cuir, et reste en place des heures.
En parfumerie
Presque rien ne retient une composition comme lui. Les chypres et les orientaux reposent sur cet ancrage, et quelques gouttes sous la rose, le vétiver ou le labdanum suffisent à maintenir l'ensemble sur la peau pendant des heures.
Bon à savoir
Au XIXe siècle, les châles du Cachemire voyageaient emballés dans des feuilles de patchouli séchées pour éloigner les mites, et les Européens apprirent à reconnaître un châle authentique à sa seule odeur. L'huile se bonifie avec le temps, ce que presque aucune huile essentielle ne fait, et s'adoucit comme un vin.

Encens
L'odeur de la résine qui tombe sur le charbon ardent
Ce que c'est
Ce que vous sentez, c'est un changement d'état : la résine qui rencontre la chaleur. Il s'agit le plus souvent d'oliban, que laissent perler les Boswellia d'Oman et de la Corne de l'Afrique, et les parfumeurs arrondissent l'effet avec du labdanum et du styrax.
Son odeur
Frais et sec au départ, assez vif pour évoquer la térébenthine, puis la fumée arrive : poivrée, cendrée, légèrement sucrée. Il a quelque chose d'une église de pierre, savonneux et vaguement vert, et reste près de la peau.
En parfumerie
Il agit comme le silence dans une pièce. Du cœur jusqu'au fond, il rafraîchit les floraux, aiguise les bois et donne un poids rituel aux structures orientales et chyprées qui, sans lui, paraîtraient simplement riches.
Bon à savoir
Bien avant qu'on ne la porte, cette fumée comptait parmi les importations les plus coûteuses de l'Antiquité. Elle voyageait par les routes caravanières d'Arabie jusqu'aux temples du pourtour méditerranéen, où la brûler était tout l'enjeu : le parfum était l'offrande.

Bois de cachemire
Un bois imaginaire qui sent la peau chaude
Ce que c'est
Il n'existe pas d'arbre à cachemire. Ce que vous sentez est une seule molécule, le Cashmeran, créée dans un laboratoire d'IFF vers 1970 et nommée d'après l'étoffe, non d'après quoi que ce soit qui pousse.
Son odeur
Un bois blond et sec et un musc propre, enveloppés d'une chaleur épicée, légèrement vanillée, bordée de vieux papier et de résine de pin. À faible dose, il cesse complètement de sentir le bois et évoque une peau salée, chauffée par le soleil.
En parfumerie
Une note de fond qui se pose sur une formule comme un voile de laine, estompant les angles vifs et prolongeant la tenue. Elle se cache dans un grand nombre de muscs boisés modernes.
Bon à savoir
Dans une pyramide olfactive, il apparaît souvent sous les noms de Bois de cachemire ou de Musc cachemire, et parfois sous un nom plus vague comme Bois blonds, autant de façons d'habiller une matière de laboratoire d'un nom qui semble cueilli. Certains parfumeurs l'utilisent seul : il se présente déjà comme un accord achevé.
Bois de gaïac
Bois qui se consume, au cœur de rose thé
Ce que c'est
L'huile arrive à l'état solide. Le gaïac est un bois dur à croissance lente du Gran Chaco, dont le cœur broyé est distillé à la vapeur en une huile cireuse, ambrée pâle, qui se solidifie à température ambiante et doit être chauffée pour couler.
Son odeur
Chaude, fumée et balsamique, évoquant une braise incandescente plutôt qu'une flamme vive. Une douceur boisée douce porte une facette distincte de rose-thé, avec des nuances poudreuses, poivrées et légèrement goudronnées. Le fond est arrondi et discrètement crémeux, brouillant la frontière entre bois et encens délicat.
En parfumerie
Elle gagne doublement sa place dans le fond : comme parfum, et comme fixateur qui prolonge tout ce qui l'entoure. Elle arrondit les bois rugueux et les cuirs fumés, et s'associe bien à la rose, au vétiver et au tabac.
Bon à savoir
La demande a dépassé la forêt. La surexploitation a placé l'espèce sous protection internationale, si bien que les rondins, l'extrait et l'huile circulent tous sous permis. Elle continue d'être commercialisée, mais désormais comptée de près.


Santal
Bois crémeux, arraché jusqu'aux racines
Ce que c'est
L'huile la plus riche se trouve dans les racines : l'arbre entier est donc arraché, et non abattu, puis distillé à la vapeur. Mysore, dans le sud de l'Inde, en était la source classique, jusqu'à ce que des décennies de coupes excessives mènent les arbres sauvages au bord de la disparition.
Son odeur
Du lait et du bois chaud, avec une pointe rosée, presque beurrée, et rien de tranchant. Ce qui surprend, c'est à quel point il évolue peu : ni ouverture éclatante, ni coup de théâtre dans le fond, seulement la même lueur paisible pendant des heures.
En parfumerie
Il agit sur deux plans : comme odeur, et comme fixateur qui maintient la rose ou le jasmin en place. Le santal se classe aussi par qualités, et le bois de cœur ancien le plus sombre, le plus dense et le plus chargé en résine porte un nom à part : « viande rouge ».
Bon à savoir
Un bois de cœur digne d'être récolté met une trentaine d'années à se former. Des plantations de la même espèce en Australie-Occidentale fournissent aujourd'hui l'essentiel de l'huile mondiale, proche de la chimie de l'ancien Mysore, sans tout à fait en avoir le crémeux.


Fleur d'oranger
Pétales blancs entre miel et vert amer
Ce que c'est
Le néroli et l'absolu de fleur d'oranger proviennent de la même fleur blanche cueillie à la main, celle de l'oranger amer : l'un est distillé à la vapeur, l'autre extrait au solvant en une concrète cireuse. La Tunisie, le Maroc et le pourtour méditerranéen en fournissent l'essentiel.
Son odeur
Un nectar miellé au centre, tranché par une lisière nette, verte et amère, et une légère fraîcheur métallique. Le néroli est le plus lumineux et le plus savonneux des deux ; l'absolu est plus chaud et plus indolique, avec une profondeur musquée sous la douceur.
En parfumerie
C'est la charnière entre les agrumes et la peau : assez lumineuse pour suivre une tête citronnée, assez chaude pour se fondre dans le musc. Les colognes en exploitent le côté pétillant ; les grands floraux blancs, le côté opulent et indolique.
Bon à savoir
Le néroli doit son nom à une princesse de Nerola du XVIIe siècle, qui en parfumait ses gants et l'eau de son bain. Un kilo d'huile demande environ une tonne de fleurs cueillies à la main.
Pin sylvestre
Air froid de la forêt, avec un mordant de térébenthine
Ce que c'est
Cassez une aiguille, vous tenez déjà l'essentiel. L'huile de pin est distillée à la vapeur à partir des aiguilles et des jeunes rameaux, dans toutes les forêts du Nord ; l'absolu, extrait au solvant, sort plus sombre, plus vert et plus lourd.
Son odeur
Froid, sec et résineux, avec une facette verte et balsamique et un mordant de térébenthine qui vire au médicinal. Plein de sève en tête, comme au milieu d'un bois en janvier. Il s'arrondit en chemin et finit plus doux et plus chaud qu'au départ.
En parfumerie
Une note de tête pour tout ce qui doit sentir le plein air : accords boisés-forestiers, fougères, grand air vivifiant d'un thème alpin. La lavande, le cèdre, le sapin et les muscs propres la maintiennent en place.
Bon à savoir
Au XXe siècle, les produits d'entretien reposaient sur l'huile de pin pour son pouvoir désinfectant, et c'est pourquoi une note forestière évoque aussi un sol passé à la serpillière. Le nez perçoit les deux à la fois : la forêt sauvage et l'hygiène domestique.
Clou de girofle
Piqûres chaudes d'une épice sombre et résineuse
Ce que c'est
Le clou de girofle n'a jamais le temps de fleurir. Les boutons quittent l'arbre encore fermés, sèchent au soleil jusqu'à devenir durs et brun foncé, puis partent soit vers l'étagère à épices, soit vers l'alambic.
Son odeur
Chaud et sucré à la fois, avec une morsure médicinale et anesthésiante que connaît quiconque s'est assis dans un fauteuil de dentiste. En dessous, il se fait boisé, balsamique et légèrement fruité. Ce picotement, c'est l'eugénol, et il évoque l'œillet.
En parfumerie
Quelques gouttes en cœur entraînent la rose et l'ylang vers un registre plus chaud et plus suranné, et donnent à la vanille et aux résines ambrées un tranchant sec et mordant. Bien des parfums épicés classiques s'ouvrent sur le clou de girofle.
Bon à savoir
Le clou de girofle a jadis déclenché des guerres commerciales : les Hollandais brûlaient des plantations entières pour garder la mainmise sur l'offre. La contrainte moderne est plus prosaïque, mais bien réelle. L'eugénol sensibilise la peau, si bien que les parfumeurs dosent l'huile avec légèreté et construisent le reste avec d'autres épices.

Lentisque
Résine verte de la côte sauvage
Ce que c'est
Le lentisque s'accroche au calcaire des côtes méditerranéennes, et en plein été les producteurs incisent son tronc à la main pour en recueillir les larmes durcies. Le feuillage coupé et cette résine se lisent comme un vert de feuille froissée sur une fine sève de pin, avec une chaleur balsamique en dessous, telle une térébenthine arrondie et adoucie par le vent marin.
Dans la composition
Le fil vert qu'une composition tend. Quelques gouttes en tête jettent de la lumière sur l'ouverture d'un claquement résineux et herbacé ; plus bas, il se comporte comme un baume doux, donne du corps aux bois et arrime les floraux à la terre sans les alourdir. Soleil, pierre, côte mordue par le sel.


Amyris
Bois des Caraïbes qui murmure comme un santal doux
Ce que c'est
Ses branches sont si chargées d'huile qu'on les allumait autrefois comme des torches, d'où ses surnoms de candlewood et de torchwood. Le bois tombé et vieilli est distillé lentement en une douce huile de bois de cœur, vendue sous le nom de santal des Antilles.
Son odeur
Sec, doux et discret : un boisé net, proche du cèdre, avec une légère chaleur balsamique et un filet de fumée poivrée. À côté du vrai santal, il est plus mince et bien moins crémeux, un peu huileux, et se contente volontiers de rester sous tout le reste.
En parfumerie
Un ouvrier de l'ombre, en note de fond : un fixateur abordable qui retient les matières plus légères et prolonge les bois. Il s'accorde avec les agrumes, la lavande, le cèdre et le santal, et soutient bien plus d'eaux de Cologne et de soliflores que celles qui le mentionnent.
Bon à savoir
« Santal des Antilles » est un nom commercial, rien de plus. L'arbre, un cousin caribéen des agrumes, ne partage presque aucune chimie avec le Santalum, qui coûte bien des fois plus cher, et les deux ne se ressemblent que de loin.


Élémi
Le cousin lumineux de l'encens, citronné et poivré
Ce que c'est
Entaillez l'écorce d'un arbre des Philippines et il pleure une gomme blanche et tendre qui jaunit à l'air. Distillée à la vapeur, cette résine devient l'élémi : un cousin germain de l'encens, qui s'annonce avec une odeur de zeste de citron.
Son odeur
Citron vif et pin en tête, avec une pointe verte et poivrée. Dessous, quelque chose d'étrangement herbacé : l'aneth et le fenouil sur un baume chaud, traversés d'une fumée d'encens. Il finit doux et boisé, bien plus léger que l'encens, son proche parent.
En parfumerie
Les parfumeurs s'en servent comme d'une charnière. Placé haut dans le mélange, il fait descendre l'éclat des agrumes jusqu'aux bois et à l'encens sans que la jonction se voie jamais, et permet à une composition résineuse de rayonner sans devenir lourde ni fumée.
Bon à savoir
On fait généralement remonter son nom à une expression arabe qui signifie à peu près « ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ». Bien avant la parfumerie, il entrait dans les baumes curatifs et les vernis de la Renaissance, et sa résine donne encore assez d'huile pour rester abordable.

Orange Douce
Zeste ensoleillé pressé directement de l'écorce
Ce que c'est
L'huile est pressée à froid à partir de l'écorce, jamais distillée. L'essentiel de la production mondiale est un effet secondaire du petit-déjeuner : l'industrie du jus presse le fruit, et c'est l'écorce mise au rebut que convoite le parfumeur.
Son odeur
Juteuse et immédiatement reconnaissable : la chair d'une orange mûre, avec un pétillement de sorbet et une amertume verte cachée derrière. Elle arrive ronde et ensoleillée et ne s'attarde pas, laissant une douceur tendre et cireuse plutôt que l'acidité vive du citron.
En parfumerie
Une note de tête qui a le côté comestible du fruit lui-même, employée pour arrondir des agrumes qui seraient sinon trop tranchants. Elle ouvre les eaux de Cologne et s'accorde volontiers avec le néroli, le clou de girofle, la cannelle et la vanille lorsqu'un gourmand a besoin d'élan.
Bon à savoir
La bergamote brûle la peau au soleil. L'orange douce, pressée à partir du même type d'écorce, ne contient presque rien de la molécule en cause : une journée ensoleillée ne présente donc aucun risque. C'est aussi l'une des matières naturelles les moins coûteuses qui soient.


Cassis
Cassis acidulé au grondement sauvage et animal
Ce que c'est
La parfumerie ignore surtout la baie. La matière qui compte est l'absolu de bourgeons de cassis, extrait des bourgeons foliaires collants et résineux de l'arbuste, généralement soutenu par des molécules soufrées qui portent la pointe acidulée du fruit.
Son odeur
Fortement fruité et acidulé, l'absolu de bourgeons présente une piquance verte, feuillue, presque animale avec une morsure suée et soufrée sous la douceur de la baie. L'effet est sauvage et inimitable : cassis mûr frangé de sève verte et d'un grondement légèrement animal.
En parfumerie
Une note de tête qui a du mordant. Elle coupe la douceur, aiguise la rose et donne à un fruité-floral quelque chose à quoi s'opposer. Elle ouvre encore d'un coup de fouet les compositions fruitées modernes.
Bon à savoir
La facette animale et soufrée provient de thiols traces si puissants qu'ils se détectent au niveau des parties par trillion, la même famille de molécules que le marquage olfactif du chat et certains vins de Sauvignon Blanc. Une seule goutte d'absolu de bourgeons de cassis suffit amplement.
Muscade
Épice chaude de pâtisserie, avec une pointe narcotique cachée
Ce que c'est
Un seul fruit donne deux épices. Ouvrez sa chair, semblable à celle de l'abricot : on y trouve une graine brune et dure, la muscade, prise dans une dentelle écarlate, le macis. La graine est moulue pour la cuisine ou distillée à la vapeur pour la parfumerie.
Son odeur
Chaude et sèche plutôt que sucrée, avec en tête une fraîcheur camphrée qui l'empêche de tourner au dessert. En dessous, un bois doux et une légère résine balsamique. Réconfortante d'abord, puis étrangement acérée, avec un air de pin.
En parfumerie
Elle se place haut dans la composition et apporte chaleur et éclat ambré sans le sucre qu'amène une note gourmande. La vanille, le tabac, la lavande et les bois l'accueillent volontiers. La signature chaude et épicée d'une fougère de barbier, c'est surtout elle.
Bon à savoir
La muscade contient de la myristicine, légèrement psychoactive et toxique à forte dose. Dans les années 1600, toute la production mondiale poussait sur un seul petit archipel, les îles Banda, et l'Europe s'est battue pour elles.


Notes fumées
Cendre refroidie et un feu de bois deux champs plus loin
Ce que c'est
Personne ne distille la fumée. Elle est assemblée : écorce de bouleau consumée en goudron, huile de cade, bois de gaïac, un peu de thé lapsang souchong, et des phénols comme le gaïacol que le nez classe sous la mention brûlé.
Son odeur
Braises refroidies et papier roussi. Elle penche vers le goudronné et le cuiré, ou résineux comme l'encens, ou douce comme un feu de camp. Âcre au premier abord, elle se consume ensuite en une chaleur sèche qui s'accroche comme la fumée à un manteau de laine.
En parfumerie
Les parfumeurs la travaillent en fond, où elle joue le rôle de l'ombre dans un tableau. Le cuir, l'oud, le vétiver, l'encens et les bois secs s'assombrissent tous et s'éloignent un peu dès qu'un soupçon de fumée se glisse derrière eux.
Bon à savoir
La matière la plus convaincante du lot, le goudron de bouleau, contient des cancérigènes dans ses qualités brutes, ce qui en limite strictement l'usage. Ce qui entre aujourd'hui dans un flacon est une version rectifiée et épurée, appuyée par des phénols de synthèse.


Feuilles de tabac
Feuille séchée se transformant en miel et en foin
Ce que c'est
Rien ne brûle. La feuille est d'abord séchée et fermentée, puis extraite au solvant en un absolu sombre et collant, et ce qui en sort sent le foin et le miel plutôt que le cendrier.
Son odeur
Chaud, sec, doux : foin séché et tabac à pipe, avec du miel, des fruits secs et une trace de cacao en arrière-plan. Un mordant vert et cuiré au départ s'adoucit en quelque chose d'ambré et de balsamique, parfois bordé d'une nuance florale poudrée.
En parfumerie
Il se place du cœur jusqu'au fond, là où la vanille, la tonka, le miel et le cuir s'accrochent tous à lui. Donnez-lui de la vanille et vous obtenez le tabac doux et gourmand ; donnez-lui du cuir et des épices, et vous obtenez le tabac sombre et sec.
Bon à savoir
Un plant de tabac vivant sent le vert et le piquant. Toute la douceur de l'absolu naît du séchage et de la fermentation. L'absolu authentique est coûteux et restreint sur certains marchés, si bien que de nombreuses notes tabac sont reconstituées à partir de coumarine et de foin.
Caractère Olfactif
Le mastic et le pin projettent une clarté fraîche et médicinale avant que le clou de girofle et l'amyris n'introduisent de la chaleur dans le tableau. L'encens et le patchouli épaississent le cœur, le bois de gaïac et le bois de cachemire faisant descendre la fumée des poutres vers quelque chose de plus terreux, de plus proche de la peau. C'est dans le fond qu'il s'attarde : le tabac et l'élémi fondus dans la légère douceur de l'orange et du cassis, portés comme une seconde peau aux heures tardives.
À Porter
L'arrière-automne et le cœur de l'hiver, porté après la tombée de la nuit dans des pièces aux chandelles ou sous l'air froid de la nuit, par quelqu'un qui trouve la cérémonie dans l'ordinaire.
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L’Atmosphère
Le Nez
Filippo Sorcinelli
Fondateur et parfumeur
Organiste italien et créateur de vêtements liturgiques dont l'atelier LAVS a habillé les papes Benoît XVI, François et Léon XIV. Il a créé la ligne UNUM, et aucun parfumeur n'est nommé sur ses parfums. La ligne comprend UNUM LAVS, Opus 1144, Rosa Nigra et Ennui Noir.
Plus de ce nezLAVSSacristie Des Arbres
La Maison
L'encens de sacristie et la pierre froide des cathédrales, transformés en extrait.
Filippo Sorcinelli construit ses parfums comme un organiste de cathédrale construit un son, lentement, avec des résines, sans crainte de l'ombre. En tant que tête pensante derrière UNUM, il travaille l'encens et la fumée, le silence des intérieurs de pierre et le poids des vêtements liturgiques, si bien qu'une composition se ressent moins comme un parfum que l'on vaporise que comme une pièce dans laquelle on entre. Le mélange lui-même est confié à un nez qui préfère rester anonyme.
- Origine
- Mondolfo, Italie
- Fondée en
- 2014
- Connue pour
- Encens liturgique, UNUM


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