


Caeleste Parfums
Principalities
L'Histoire
Caeleste est une maison roumaine dont les trois premiers parfums, conçus ensemble comme une trilogie, portent le nom des rangs angéliques qu'elle appelle le Troisième Ordre. Principalities, le plus élevé de ces rangs, a remporté l'Art and Olfaction Newcomer Award 2025. On a demandé à David-Lev Jipa-Slivinschi, le nez de Toskovat', de la poussière d'étoiles et une sécheresse minérale et pétillante ; il est alors allé puiser dans les récits d'astronautes sur l'odeur de l'espace.


Fumé
Bois calciné et braises qui s'élèvent
L'odeur sèche et calcinée du bois qui brûle, de l'encens qui se consume et de la cendre qui s'attarde, tantôt goudronneuse, tantôt ténue et grise. Ténébreuse et chargée d'atmosphère, elle évoque un feu mourant et un courant d'air frais qui emporte son dernier souffle.


Minéral
pierre froide et mouillée, et sel
L'odeur fraîche et sèche des galets mouillés, de l'ardoise et de l'air piqueté de sel, presque métallique et faiblement marine. Propre et austère, elle apporte une transparence pierreuse qui évoque la pluie sur la roche brûlante ou un souffle pris au-dessus d'une carrière.
Épicé chaud
Braises rougeoyantes du tiroir à épices
La chaleur ronde de la cannelle, du clou de girofle et de la muscade, sèche et légèrement résineuse, plus placard de pâtissier que cuisine aux arêtes vives. Elle diffuse une chaleur enveloppante qui fait monter le rouge aux joues, intime, faite pour les jours frais, et qui étreint la peau de l'intérieur.


Métallique
Acier froid et sang vif
Un éclat froid qui ne vient pas du métal lui-même, inodore, mais de ce que la peau libère au contact d'une pièce ou d'une lame. Vif et presque minéral, il apporte une froideur propre et moderne : le fil d'un couteau, l'intérieur d'une boîte en fer-blanc, tonique et vaguement électrique.


Aromatique
Herbes froissées dans l'air frais
La fraîcheur verte et camphrée de la lavande, du romarin, de la sauge et du thym, comme des herbes meurtries entre les doigts. Propre, vivifiante et un brin austère, elle est l'épine dorsale nette d'une fraîcheur classique de barbier.


Sucré
Un sucre chaud qu'on n'arrive pas tout à fait à nommer
Caramel, miel, sucre filé : une douceur qui flotte entre les trois sans jamais se poser sur l'un d'eux. C'est l'attrait gourmand, ce qui pousse à se pencher plus près qu'on ne le voulait, chaud, tendre, à deux doigts d'être comestible.
Hysope
Herbe verte et amère au mordant camphré
Ce que c'est
Arbrisseau raide de la famille de la menthe, du sud de l'Europe et de la Méditerranée orientale, cultivé depuis des siècles pour la cuisine et l'armoire à pharmacie. La parfumerie distille à la vapeur ses sommités fleuries et ses feuilles pour en tirer une huile bien plus sévère que la plante ne le laisse paraître.
Son odeur
Verte et tonique, camphrée d'abord, quelque part entre le romarin, la lavande et la menthe. Un fil anisé et doux la traverse au-dessus d'un fond amer, presque médicinal, et elle s'achève chaude et légèrement épicée. Fraîche au contact. Jamais tendre.
En parfumerie
Une goutte ou deux en tête pour une austérité verte : fougères, chypres, eaux de Cologne. La lavande adoucit une ouverture ; l'hysope fait l'inverse et la maintient froide, un peu sévère. Elle s'accorde avec la sauge sclarée, le géranium, les agrumes et l'encens.
Bon à savoir
Si l'hysope s'emploie à l'état de traces, ce n'est pas un hasard. La pinocamphone, qui domine son huile, est convulsivante à forte dose, et l'aromathérapie s'en tient donc généralement à l'écart. Une variété cultivée n'en contient presque pas, et son odeur s'en trouve adoucie.


Thé noir
Feuilles sèches, tanin et un soupçon de fumée
Ce que c'est
Des feuilles flétries, roulées, puis laissées s'oxyder entièrement : c'est ce qui les noircit et fait passer leur odeur de l'herbe au sombre. La Chine procède ainsi depuis des siècles. Une véritable absolue de thé est rare, la parfumerie la reconstitue donc.
Son odeur
Sec et astringent, comme la troisième tasse servie d'une même théière. Le foin et le cuir usé se tiennent dessous, avec une douceur de rose et de jasmin contenue par la poudre. Net et aérien au départ, il se fait ensuite discret, fumé et boisé.
En parfumerie
Une note de cœur qui fait office de frein : son tanin coupe la douceur et empêche un floral de virer au sirupeux. Les agrumes l'élèvent, les bois la portent, et la plupart des parfums au thé modernes sont une variation de cet équilibre.
Bon à savoir
Deux molécules font l'essentiel du travail. Le théaspirane pose un éclat de cassis sur une arête verte et fraîche ; la tabanone apporte le tabac et une nuance qui rappelle le gland. Autour d'eux, les ionones et le bois de gaïac apportent la poudre et le bois.

Épine de rose
Le mordant vert de la tige sous le pétale
Ce que c'est
Il n'existe pas d'extrait d'épine. Les aiguillons du rosier ne livrent rien à la vapeur ni au solvant, alors le parfumeur construit l'effet : des matières vertes, gorgées de sève, légèrement métalliques, posées contre une rose, et la fleur arrive avec sa tige.
Son odeur
Une rose, mais froide et peu avenante. Le vert vient d'abord, tige écrasée et sève amère, puis un mince éclat métallique, comme du sang ou du fer mouillé. Le pétale, dessous, est plus sec et plus acéré que d'ordinaire, sans rien de poudré.
En parfumerie
Tout l'enjeu : empêcher une rose de devenir jolie. La feuille de violette, le galbanum et l'oxyde de rose, la molécule qui donne à la fleur son propre piquant vert, s'en chargent en tête et en cœur, là où le safran, l'encens et le cuir peuvent les rejoindre.
Bon à savoir
En botanique, les roses n'ont pas d'épines. Ce qui accroche votre manche est un aiguillon, une excroissance superficielle de la tige qui se détache net ; une véritable épine est un rameau modifié, ancré dans les tissus de la plante, comme chez l'aubépine. La note porte le nom de quelque chose qui n'existe pas.

Violette
Pétales mauves et poudrés qui s'évanouissent dès qu'on tend la main
Ce que c'est
En parfumerie, la violette ne vient presque jamais de la violette. La fleur donne si peu d'huile qu'on n'en produit pratiquement plus ; la note est donc construite à partir d'ionones, des molécules aromatiques créées pour la première fois en laboratoire dans les années 1890.
Son odeur
Veloutée, fraîche et poudrée, avec une douceur confite comme saupoudrée de sucre et, derrière, une fine humidité verte. Elle a quelque chose de tendre et de nostalgique : bonbons à la violette de Parme, poudre de riz, pétales froissés au fond d'une poche.
En parfumerie
En cœur, elle fait quelque chose d'inhabituel : elle retire le sucre de la douceur et laisse la poudre derrière elle. L'iris, la rose, le cuir et l'amande s'inclinent tous vers elle, et les soliflores de violette la portent comme une vieille boîte à maquillage.
Bon à savoir
Les ionones saturent vite les récepteurs, si bien que le parfum semble disparaître, puis revenir à mesure que votre nez récupère : le cas d'école de la fatigue olfactive en parfumerie. La feuille de violette est une tout autre matière, verte et fraîche comme le concombre.

Ylang-ylang
Fleur tropicale réchauffée par le soleil, crème de banane et jasmin
Ce que c'est
Une fleur en étoile jaune et retombante, cueillie à la main sur un arbre tropical et maintenue dans l'alambic de quinze à vingt heures. Le distillat est soutiré par étapes, chacune donnant une qualité différente, de l'Extra jusqu'à la Troisième.
Son odeur
Crémeux et capiteux : du jasmin posé sur une sorte de crème à la banane, traversé de caoutchouc et de clou de girofle. La qualité Extra est la version lumineuse, fruitée et épicée ; les fractions suivantes sont plus profondes, plus grasses et légèrement médicinales, avec un fond cireux et rond.
En parfumerie
En cœur, il fait le pont entre le jasmin, la rose et la tubéreuse, et empêche les agrumes de tête de s'étioler. Il porte le bouquet floral des classiques aldéhydés, et c'est grâce à lui qu'un accord tiaré solaire sent les tropiques.
Bon à savoir
En Indonésie, on répand les fleurs sur le lit des jeunes mariés. Le nom est tagalog, ilang-ilang, d'ilang, « nature sauvage », clin d'œil à l'habitat sauvage de l'arbre. Les corolles les plus parfumées se cueillent à l'aube, encore fraîches.


Notes minérales
Souffle frais de pierre mouillée après la pluie
Ce que c'est
La roche ne livre aucune essence, il s'agit donc d'une construction : de la calone pour l'ozone, des modificateurs salés et métalliques, des synthétiques boisés-ambrés pour l'ossature sèche, et de la géosmine à l'état de trace, bien en deçà de la dose qui évoque la betterave, pour faire venir la pluie.
Son odeur
Frais et sec, comme une ardoise humide, un silex frappé ou du béton mouillé après l'orage. On y trouve de la craie, un peu de sel et une légère arête métallique, le tout fin et aérien plutôt que lourd.
En parfumerie
Un travail de tête et de cœur, où l'accord ouvre l'espace et donne à la composition un socle gris, géologique. Les styles aquatiques et la niche moderne s'y appuient largement, le plus souvent aux côtés du sel marin, du gingembre, du vétiver ou de l'ambre gris.
Bon à savoir
Le nez humain perçoit la géosmine à quelques parties par billion. On pense que cette sensibilité est ancienne et utile : la pluie sur une terre sèche, sentie à travers tout un paysage bien avant qu'il y ait quoi que ce soit à voir.

Pétrichor
Première pluie frappant la poussière et la pierre chaudes
Ce que c'est
Ce n'est pas une matière mais un phénomène : l'odeur de la pluie sur un sol resté sec pendant des semaines. Des scientifiques australiens l'ont baptisée en 1964, en l'attribuant à des huiles végétales qui s'accumulent sur l'argile et la pierre pendant une sécheresse. Les parfumeurs la reconstituent à partir de molécules de synthèse.
Son odeur
Humide et terreux, avec la douceur verte d'une terre retournée et, derrière, la fraîcheur de la pierre mouillée. La géosmine apporte une profondeur de champignon, presque de betterave ; par-dessus flotte une pointe métallique, comme les premières gouttes sur un bitume chaud.
En parfumerie
Un effet de tête et de cœur qui donne à une composition son climat. Il humidifie une structure boisée sèche et offre au vétiver et au patchouli un terrain où se poser. Forcé, il évoque la cave : c'est pourquoi la plupart des parfumeurs s'en tiennent à une trace.
Bon à savoir
Le nom unit le grec petra, la pierre, à ichor, le fluide qui coule dans les veines des dieux. Des films à haute vitesse montrent pourquoi cette odeur voyage : une goutte qui tombe sur un sol poreux y piège une bulle, qui remonte en pétillant et projette le parfum dans la brise.


Oud Assafi
Une huile de bois d'agar enregistrée du Bangladesh, sombre et animale
Ce que c'est
Oud Assafi est le nom d'une huile de bois d'agar originaire du Bangladesh, obtenue à partir d'Aquilaria malaccensis par les distillateurs Jalali Agarwood en partenariat avec Firmenich. Mizensir la décrit comme le premier extrait de cette espèce jamais enregistré pour la parfumerie.
Son odeur
Ses fournisseurs la décrivent comme intensément cuirée et animale, équilibrée par une profondeur boisée et un fond sucré. Sombre, dense et lente, elle évoque un cuir patiné et un bois résineux avec une douceur miellée en dessous, et une trace suffit à se faire sentir.
En parfumerie
Une note de fond et un fixateur puissant, employé à l'état de trace pour donner aux compositions de luxe une profondeur boisée et animale opulente. Caeleste le range sous l'élément Terre de Principalities, aux côtés du cuir, du galbanum, de l'immortelle, de la racine de ginseng et des feuilles sèches, où il ancre la fumée et le minéral au-dessus.
Bon à savoir
Selon Mizensir, Jalali Agarwood a hérité de milliers d'arbres matures, les récolte depuis des générations et en plante vingt pour chaque arbre abattu. Un nom enregistré rattache l'huile à cette source unique : sur une liste de notes, il en dit plus qu'un simple oud.


Feuilles sèches
Feuilles mortes parcheminées, poussière douce et tabac
Ce que c'est
Personne ne tire d'huile d'une feuille morte. L'effet s'assemble à partir d'absolus de tabac et de foin, de thé, de bois secs et d'une trace de fumée. Caeleste le range parmi les notes Terre de Principalities.
Son odeur
Sec, parcheminé et légèrement amer, le bruissement tannique des feuilles mortes qu'on pousse du pied sur un trottoir. Dessous, la chaleur du foin et un murmure de tabac, puis un fond frais et humide, là où le tas reposait sur le sol mouillé.
En parfumerie
Rien n'ancre plus vite un parfum dans l'automne. Du cœur vers le fond, cette note offre aux compositions fumées une matière organique contre laquelle couver, et s'accorde avec l'immortelle, la châtaigne et le vétiver. Trop peu de douceur, et l'on pense au compost ; trop, et c'est le tabac à pipe.
Bon à savoir
La coumarine, molécule du foin, assure la moitié douce du travail. Elle fut aussi l'une des premières matières de laboratoire intégrées à un parfum commercial, en 1882, ce qui fait de l'automne l'un des plus anciens artifices de synthèse de la parfumerie.

Galbanum
Un vert si amer qu'il frôle la térébenthine
Ce que c'est
Une gomme qui s'écoule des entailles pratiquées dans les tiges et les racines d'un fenouil géant d'Iran et d'Asie centrale. Une fois durcie, elle est distillée à la vapeur pour donner une huile, ou extraite en une absolue brune, sombre et épaisse.
Son odeur
Amer, tranchant et d'un vert agressif, une poignée de tiges cassées avec une pointe de térébenthine. Dessous se tient quelque chose de musqué, presque balsamique. À l'état de trace plutôt qu'en dose, il devient frais et perlé de rosée, plus jardin qu'agression.
En parfumerie
L'une des rares notes de fond vertes naturelles, employée comme fixateur et comme signature d'ouverture du chypre vert. Il s'associe à la mousse de chêne, à l'iris, à la jacinthe et au néroli, et a plus d'une fois été surdosé à dessein.
Bon à savoir
Le livre de l'Exode le nomme parmi les ingrédients de l'encens sacré du Temple, et on le brûlait aussi dans l'Égypte et la Perse antiques. Des milliers d'années plus tard, l'Iran fournit toujours l'essentiel de cette gomme.
Racine de ginseng
Terre amère arrachée à une forêt de montagne
Ce que c'est
Une racine qui passe quatre à six ans sous terre avant d'être récoltée, dans les forêts de montagne de Corée et du nord-est de la Chine. La parfumerie utilise un extrait de la racine séchée, ou la reconstitue à partir de matières boisées et terreuses.
Son odeur
Discrète et racinaire, plus élixir de plantes qu'épice. D'abord la terre humide d'une cave, une légère pointe de champignon, de l'écorce sèche, puis une amertume verte et fraîche, avec la réglisse en arrière-plan. Elle n'élève jamais la voix : elle agit comme une texture.
En parfumerie
Les parfumeurs la choisissent pour l'idée de vigueur autant que pour son odeur, d'où sa présence dans les structures sportives. En cœur, elle apporte une colonne vertébrale terreuse qui empêche les compositions vertes de s'envoler, aux côtés du vétiver et de la menthe.
Bon à savoir
Le nom du genre vient du grec « qui guérit tout », la même racine que panacée. Le nom chinois, rénshēn, signifie « racine-homme », pour la forme fourchue, comme dotée de membres, que prisent les cueilleurs. Deux fois nommée : une fois pour une promesse, une fois pour une ressemblance.


Cuir
Peau tannée, fumée et chaleur animale
Ce que c'est
Il n'existe pas d'huile essentielle de cuir. Les parfumeurs en reconstruisent l'odeur à partir de goudron de bouleau et de cade, de bois fumés distillés, de résines de styrax et de labdanum, d'isobutyl quinoléine et de molécules de type safraléine, faisant écho aux tanins et huiles jadis utilisés pour tanner les peaux.
Son odeur
Fumé, sec et animal, du suède neuf et souple à la vieille selle poisseuse. Les versions au goudron de bouleau évoquent la suie et le phénolé, presque le feu de camp et le pansement ; les accords de suède plus doux virent au poudré, au floral et à la chaleur de peau.
En parfumerie
Une note de fond qui donne épine dorsale et une arête charnelle. Elle se révèle surtout sous la rose et la violette, aux côtés du tabac et de l'oud, et un cœur floral posé sur du cuir devient indéniablement humain.
Bon à savoir
Le cuir parfumé est né chez les gantiers européens, tandis que la facette fumée vient de Russie, où les peaux destinées aux bottes et aux reliures de livres étaient traitées au goudron de bouleau, et le cuir russe évoque encore cette odeur. Les véritables huiles de tannage ont été largement restreintes pour des raisons de sécurité, si bien que les cuirs d'aujourd'hui sont des reconstructions.
Immortelle
Foin brûlé de soleil aux accents d'érable et de curry
Ce que c'est
Les jardiniers appellent cet arbuste méditerranéen argenté l'herbe à curry, et une seule feuille froissée suffit à expliquer ce surnom. Ses petits capitules jaunes sont distillés à la vapeur pour donner une huile, ou extraits au solvant pour obtenir une absolue.
Son odeur
Camomille séchée et paille chaude, puis un tranchant de feuille de curry auquel vous ne vous attendez pas. La douceur suit : sirop d'érable brûlé, caramel, un souffle de tabac. Elle s'achève miellée et épicée de fenugrec, avec quelque chose de vaguement médicinal en dessous.
En parfumerie
Elle se place au cœur et en fond, où sa chaleur de tabac et de liqueur s'accorde sans peine avec les bois, le cuir et l'ambre. Les parfumeurs l'opposent à la lavande lorsqu'ils veulent que sa douceur se lise comme un contraste plutôt que comme un dessert.
Bon à savoir
Le nom est à prendre au pied de la lettre : coupées et séchées, les fleurs gardent leur forme et leur couleur pendant des années, ce qui leur a valu une place dans les couronnes funéraires de l'Antiquité. Les rendements sont infimes dans un cas comme dans l'autre, si bien que l'immortelle compte parmi les naturels les plus coûteux.


Cendre
Braises froides, poussière minérale et fumée mourante
Ce que c'est
La cendre, c'est ce qui reste quand il ne reste plus rien, et elle ne se distille pas. Les parfumeurs prennent des matières fumées (goudron de bouleau, cade, guaiacol), puis en retirent tout ce qui est chaud et résineux jusqu'à ce qu'il ne reste que le gris.
Son odeur
Sec, fumé, légèrement amer : une cheminée, le lendemain matin. Du bois brûlé et du charbon froid, une arête minérale crayeuse, la poussière un peu métallique des braises refroidies. Rien de sucré, rien de résineux, rien pour l'adoucir.
En parfumerie
Une note de fond pour l'atmosphère plutôt que pour la beauté. Le vétiver, le cèdre et le goudron de bouleau la poussent plus loin dans le froid ; le jasmin ou l'encens la réchauffent si vous la voulez habitable. Les maisons de niche s'en servent pour bâtir des ruines.
Bon à savoir
La cendre froide ne sent presque rien. Ce que le nez perçoit comme de la cendre, ce sont les résidus de fumée qui y restent accrochés : de la lignine brisée par la chaleur, les mêmes molécules qui parfument les aliments fumés.


Résine d'élémi
Résine poivrée et citronnée des Philippines
Ce que c'est
L'oléorésine tendre et pâle du Canarium luzonicum, grand arbre de la forêt humide philippine, incisée au tronc et récoltée sous forme d'une gomme verdâtre et collante qui durcit lentement à l'air. La distillation à la vapeur en tire une huile essentielle dominée par le limonène et l'élémol. L'élémi est le membre le plus jeune et le plus frais de la famille des résines, sans rien de commun avec les balsamiques sombres qui l'entourent.
Son odeur
Lumineux et étonnamment citronné pour une résine : zeste de citron et poivre vert sur un élan sec de pin et de térébenthine, avec une douceur discrète de fenouil en dessous. En se posant, il devient doucement balsamique et chaleureux, sans jamais prendre le sucré du benjoin ni l'amertume de la myrrhe. C'est la note d'encens qui sent le propre.
En parfumerie
On l'emploie pour donner de l'élan et de la transparence aux accords résineux, et comme pont entre un départ hespéridé et un fond balsamique, où il fait disparaître la couture. Il aiguise l'encens, refroidit l'ambre et apporte aux bois une clarté poivrée. Fixateur traditionnel, il servait autrefois de baume à plaies.
Bon à savoir
On surnomme parfois l'élémi l'encens du pauvre, ce qui ne lui rend pas justice : les deux ne font pas le même travail, et la tête citron-poivre de l'élémi n'a pas d'équivalent parmi les autres résines. Il est récolté sur des arbres vivants, en incisant l'écorce et en raclant la gomme qui suinte de l'entaille, un peu comme on gemme les pins.
Graines de piment
Chaleur sèche des graines au cœur d'un piment fendu
Ce que c'est
Les graines elles-mêmes sont presque douces. Ce qui brûle, c'est le tissu placentaire pâle auquel elles s'accrochent à l'intérieur du fruit, là où se loge la capsaïcine. Rien dans cette note n'est distillé : c'est un accord qu'assemble un parfumeur.
Son odeur
Pas la brûlure. La capsaïcine s'évapore à peine : la chaleur se ressent plus qu'elle ne se sent. Ce qui vous parvient est sec et parcheminé, une odeur de graine grillée, légèrement verte, au mordant végétal, comme la poussière qui s'échappe lorsqu'on brise une gousse séchée.
En parfumerie
Un accent de cœur qui évoque la chaleur sans la moindre douceur, construit à partir de pyrazines et de matières poivrées plutôt que d'un extrait. Il aiguise les structures fumées et cuirées, s'accorde avec le safran et la cendre, et pique comme aucune résine d'épice ne sait le faire.
Bon à savoir
Les oiseaux possèdent le récepteur, mais leur version ne réagit pas à la capsaïcine : ils mangent donc le fruit sans retenue, et c'est ainsi que les piments dispersent leurs graines. Toute cette chaleur s'adresse aux mammifères, et les oiseaux ne reçoivent jamais le message.
Safran
Filaments cramoisis respirant le cuir, le miel et le foin sec
Ce que c'est
Chaque fleur de crocus d'automne renferme trois filaments cramoisis, et une main les cueille un à un. Séchés, ces stigmates sont mis à infuser en teinture ou extraits en absolu. Voilà toute la chaîne d'approvisionnement.
Son odeur
D'abord le foin, le miel et le pain grillé encore chaud, puis, dessous, quelque chose de métallique et de cuiré, l'œuvre d'une molécule appelée safranal. Il s'assèche en suède, tabac et ambre poussiéreux, amer sur les bords.
En parfumerie
Il vit au cœur, d'une lueur rougeoyante, charnière entre l'épice et le cuir. Les parfumeurs l'ont si souvent marié à la rose que le duo est devenu un genre, et des accords cuir entiers se construisent sur lui seul.
Bon à savoir
Un kilogramme de safran coûte environ 150 000 fleurs cueillies à la main et de nombreuses journées de travail courbé, ce qui explique que presque rien n'en arrive jusqu'au parfum. La plupart des notes safran sont donc construites à partir de safranal de synthèse.
Poussière d'étoiles
Scintillement froid dans une obscurité sans air
Ce que c'est
Cette matière première n'existe pas. La poussière d'étoiles est un accord qu'un parfumeur assemble lorsqu'une composition doit évoquer l'espace plutôt que le grand air : des matières sèches, légèrement effervescentes, posées sur une envolée minérale froide et agencées pour que le nez perçoive une distance plutôt qu'une pièce. Elle appartient à la même famille de créations que les notes de poussière et les notes aériennes et, comme elles, n'est que pure suggestion : une idée à laquelle le nez consent, plutôt qu'une chose récoltée, pressée ou distillée.
Son odeur
Sèche, froide et sans poids, avec un fin scintillement, comme si quelque chose brillait très loin. Aucune douceur, aucune humidité, pas la moindre trace de terre. Derrière l'éclat se tient un léger picotement, plus proche de l'électricité statique que de la fumée. La note n'évolue pas vraiment : elle reste suspendue à sa propre altitude et s'amenuise lentement jusqu'à disparaître, laissant à nu les matières qui se trouvent dessous.
En parfumerie
On l'emploie pour l'altitude. Placée derrière la poudre à canon, le métal chaud ou la cendre, elle soulève toute la scène du sol, si bien que ces mêmes matières semblent se jouer dans un lieu sans air plutôt que dans un atelier. Elle offre à l'encens un espace voûté où se poser et empêche les accords minéraux et métalliques de virer à l'industriel. Un peu suffit largement ; trop, et la composition se vide.
Bon à savoir
Les notes nommées d'après une image plutôt qu'une plante varient d'une maison à l'autre : la poussière d'étoiles d'un parfumeur est froide et scintillante, celle d'un autre poudrée et sucrée, et aucun n'a tort. Lisez-la comme le repère d'altitude d'une composition plutôt que comme un ingrédient, et attendez-vous à ce qu'elle œuvre derrière tout le reste. On la sent rarement seule, et ce n'est pas son rôle.
Fleur de cosmos
Une marguerite rouge sombre qui sent le chocolat
Ce que c'est
La fleur de cosmos désigne ici Cosmos atrosanguineus, le cosmos chocolat, que la maison cite elle-même. C'est une vivace tubéreuse du Mexique, de la famille de la marguerite, aux petites fleurs veloutées d'un bordeaux si profond qu'elles paraissent noires, et qui parfume l'air alentour par les après-midi chauds. Il n'en existe aucun extrait commercial : la note est donc reconstituée.
Son odeur
D'abord un cacao et une vanille chaleureux, plus proches d'une boîte de chocolat en poudre que d'une fleur, avec une légère douceur de fruits rouges et, dessous, une pointe amère. La part florale est douce, presque poudrée. Dans une composition, elle arrive comme une chaleur gourmande vêtue d'un pétale.
En parfumerie
Construite à partir de matières cacaotées et vanillées, voilées d'une touche florale, elle apporte une douceur qui reste sombre plutôt que sucrée. Elle adoucit la fumée, le métal et la cendre, s'associe volontiers à l'immortelle, au safran et au bois de santal, et c'est le moyen habituel pour un parfumeur de rendre portable une structure brûlée ou minérale.
Bon à savoir
Le cosmos chocolat a longtemps été donné pour disparu à l'état sauvage, mais de petites populations sauvages ont depuis été découvertes dans le centre du Mexique. Pendant la majeure partie du siècle dernier, on ne l'a multiplié que par division d'un clone stérile, ce qui explique que son parfum soit mieux connu des bordures de jardin que des flacons.

Poudre à canon
Fumée, soufre et allumette craquée, portés par le vent
Ce que c'est
Rien ici ne pousse. La poudre noire, c'est du salpêtre, du charbon de bois et du soufre, dont aucun n'est une matière de parfumerie : son odeur doit donc être reconstituée, avec des molécules soufrées et d'allumette brûlée, du bouleau goudronneux, des bois fumés et une trace de métal chaud.
Son odeur
Vive et âcre à l'ouverture, comme une allumette qu'on vient de frotter : soufre, métal chaud, cendre. En dessous, du bois carbonisé et une arête minérale de silex. Le fond est fait de fumée chaude et de papier roussi, jamais de flamme vive.
En parfumerie
Les parfumeurs s'en servent pour créer de la tension. Un filet glissé sous le cuir, l'oud, le vétiver ou le safran donne du tranchant à un parfum qui, sans cela, serait simplement sombre. Trop de poudre, et l'ensemble sent le brûlé plutôt que le danger.
Bon à savoir
Les feux d'artifice sentent les sels métalliques vaporisés et le soufre plus que la poudre. Pour s'en approcher, les parfumeurs s'appuient sur le goudron de bouleau, ce qui explique pourquoi les parfums fumés dérivent si souvent vers le feu de camp et le vieux cuir, qu'ils le veuillent ou non.
Biscuit aux amandes brûlées
Caramel, roussi et amande amère sortis du four
Ce que c'est
Rien de tel ne sort d'un alambic. C'est un accord gourmand, construit : l'amande amère sur du sucre caramélisé et de la vanille, avec une trace de fumée pour le roussi.
Son odeur
D'abord la pâte d'amande et le noyau de cerise, sur un sucre caramélisé chaud et du beurre. Puis le brûlé : l'odeur sèche et âcre d'un biscuit resté une minute de trop au four. Comestible mais jamais sucré, et sa pointe brûlée l'empêche de devenir douillet.
En parfumerie
Ancré dans le fond, il rend abordables les compositions sombres, fumées et métalliques sans les attendrir en dessert. La cendre, la poudre à canon et le métal chaud lui répondent bien, et il s'accorde avec l'immortelle et la fève tonka. Surdosé, il vire à la boulangerie.
Bon à savoir
Les toasts, le café et la croûte de pain doivent tous leur odeur à une même famille de molécules, les pyrazines, libérées lorsque sucres et acides aminés rencontrent la chaleur lors de la réaction de Maillard. Au-delà des doses alimentaires, elles n'évoquent plus la cuisson mais le roussi.

Encens
L'odeur de la résine qui tombe sur le charbon ardent
Ce que c'est
Ce que vous sentez, c'est un changement d'état : la résine qui rencontre la chaleur. Il s'agit le plus souvent d'oliban, que laissent perler les Boswellia d'Oman et de la Corne de l'Afrique, et les parfumeurs arrondissent l'effet avec du labdanum et du styrax.
Son odeur
Frais et sec au départ, assez vif pour évoquer la térébenthine, puis la fumée arrive : poivrée, cendrée, légèrement sucrée. Il a quelque chose d'une église de pierre, savonneux et vaguement vert, et reste près de la peau.
En parfumerie
Il agit comme le silence dans une pièce. Du cœur jusqu'au fond, il rafraîchit les floraux, aiguise les bois et donne un poids rituel aux structures orientales et chyprées qui, sans lui, paraîtraient simplement riches.
Bon à savoir
Bien avant qu'on ne la porte, cette fumée comptait parmi les importations les plus coûteuses de l'Antiquité. Elle voyageait par les routes caravanières d'Arabie jusqu'aux temples du pourtour méditerranéen, où la brûler était tout l'enjeu : le parfum était l'offrande.
Métal chaud
Fer frappé, ozone et air tiède roussi
Ce que c'est
Aucun métal n'est assez volatil pour être distillé : celui-ci doit donc être construit. Les parfumeurs l'assemblent à partir de molécules de synthèse ozoniques et de notes de pierre à fusil, d'une trace d'allumette brûlée et de bois secs et fumés : de l'acier sans une once d'acier.
Son odeur
Vif, frais et étrangement sec : pierre à fusil frappée, radiateur brûlant, l'âpreté d'une lame tenue tout près. Dessous court une légère note de fer, comme du sang. Il se perçoit comme une température et une texture plus que comme une odeur que l'on pourrait nommer.
En parfumerie
Les parfumeurs y recourent lorsqu'ils cherchent la tension plutôt que le confort : il aiguise les accords d'encens, de cuir et de poudre à canon, et empêche les résines de devenir douillettes. Le safran, la cendre et les bois secs l'accompagnent. On le rencontre surtout dans les créations conceptuelles.
Bon à savoir
Le fer lui-même est inodore. Cette odeur métallique que dégagent les pièces de monnaie ou une rampe vient de vous : les lipides de votre peau se décomposent dès qu'ils touchent les ions de fer. L'odeur du métal, c'est la vôtre.


Santal
Bois crémeux, arraché jusqu'aux racines
Ce que c'est
L'huile la plus riche se trouve dans les racines : l'arbre entier est donc arraché, et non abattu, puis distillé à la vapeur. Mysore, dans le sud de l'Inde, en était la source classique, jusqu'à ce que des décennies de coupes excessives mènent les arbres sauvages au bord de la disparition.
Son odeur
Du lait et du bois chaud, avec une pointe rosée, presque beurrée, et rien de tranchant. Ce qui surprend, c'est à quel point il évolue peu : ni ouverture éclatante, ni coup de théâtre dans le fond, seulement la même lueur paisible pendant des heures.
En parfumerie
Il agit sur deux plans : comme odeur, et comme fixateur qui maintient la rose ou le jasmin en place. Le santal se classe aussi par qualités, et le bois de cœur ancien le plus sombre, le plus dense et le plus chargé en résine porte un nom à part : « viande rouge ».
Bon à savoir
Un bois de cœur digne d'être récolté met une trentaine d'années à se former. Des plantations de la même espèce en Australie-Occidentale fournissent aujourd'hui l'essentiel de l'huile mondiale, proche de la chimie de l'ancien Mysore, sans tout à fait en avoir le crémeux.
Caractère Olfactif
Il s'ouvre métallique et minéral : hysope et thé noir sur pierre mouillée, avec, derrière, la chaleur du safran et des graines de piment. La poudre à canon, la cendre et le métal chaud tiennent le cœur, étrangement adoucis par le biscuit aux amandes brûlées et l'immortelle. Le cuir, l'Oud Assafi, le bois de santal et l'encens le referment, secs et résineux, tandis que le galbanum garde une arête verte.
À Porter
Automne et hiver ; il tient de l'après-midi jusque dans la nuit plutôt que d'appartenir à l'un ou à l'autre. L'air froid sied à l'ouverture minérale et métallique ; les pièces closes offrent à la poudre à canon et à l'encens un lieu où s'amasser. Porté par quelqu'un qui lit une liste de notes comme une thèse et veut le parfum étrange, lors d'une soirée capable d'accueillir quelque chose de frontal.
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L’Atmosphère
Le Nez
David-Lev Jipa-Slivinschi
Fondateur et parfumeur
Roumain installé à Bucarest, venu à la parfumerie depuis le cinéma, il a fondé Toskovat' en 2022. Il a composé Toskovat' Inexcusable Evil, Toskovat' Age of Innocence, Toskovat' Anarchist A_, Toskovat' In the Belly of the Beast et Adi ale Van Gethsemane.
Plus de ce nezInexcusable EvilLast Birthday CakePornstar (Noyau Doux)
La Maison
Biscuit à l'amande brûlée, poudre à canon et métal chaud : un extrait imaginé à partir de la description que font les astronautes de l'odeur de l'espace.
Caeleste est une maison roumaine qui nomme ses parfums d'après les rangs de la hiérarchie angélique, avec un nez différent pour chaque rang. Elle a ouvert en 2024 avec trois extraits conçus ensemble comme le troisième ordre, puis est montée d'une sphère avec les Vertus. Principalities, signé David-Lev Jipa-Slivinschi de Toskovat', a remporté le Newcomer Award 2025 de l'Art and Olfaction Awards.
- Origine
- Bucarest, Roumanie
- Fondée en
- 2024
- Connu pour
- Extraits inspirés de la hiérarchie angélique


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