


MDCI
Chypre Palatin
L'Histoire
Avec Chypre Palatin, Bertrand Duchaufour écrit un chypre à l'échelle de la Renaissance, dans le registre que MDCI emprunte aux palais de Catherine de Médicis et aux Offices. Il est bâti pour l'ampleur plutôt que pour la retenue, ce qui est inhabituel pour une forme qui repose d'ordinaire sur la sécheresse.

Ambre
Résine chauffée jusqu'à devenir sucrée
Labdanum, benjoin et vanille fondus ensemble en une matière sucrée mais sombre, comme une sève d'arbre amollie au soleil, traversée d'un fil de fumée d'encens. L'ambre ne scintille pas et n'élève pas la voix. Il reste près de la peau et diffuse sa chaleur pendant des heures.


Cuir
Une veste qui a déjà bien vécu
Peau tannée et goudron de bouleau : sec, fumé, avec en dessous une âpreté amère et du tabac. Tantôt neuf et laqué, comme un intérieur de voiture ; tantôt usé et assoupli, comme des gants de suède élimés. Dans tous les cas, il sent le vécu.


Sucré
Un sucre chaud qu'on n'arrive pas tout à fait à nommer
Caramel, miel, sucre filé : une douceur qui flotte entre les trois sans jamais se poser sur l'un d'eux. C'est l'attrait gourmand, ce qui pousse à se pencher plus près qu'on ne le voulait, chaud, tendre, à deux doigts d'être comestible.
Épicé chaud
Braises rougeoyantes du tiroir à épices
La chaleur ronde de la cannelle, du clou de girofle et de la muscade, sèche et légèrement résineuse, plus placard de pâtissier que cuisine aux arêtes vives. Elle diffuse une chaleur enveloppante qui fait monter le rouge aux joues, intime, faite pour les jours frais, et qui étreint la peau de l'intérieur.


Vert
De la sève sur les mains après le désherbage
Cassez une tige, et voici ce qui s'en dégage : une odeur de sève, fraîche, un peu amère, plus végétale que florale. De l'herbe coupée, des feuilles froissées, l'intérieur d'une haie qu'on vient de tailler. Rien de sucré ici.


Poudré
Murmure feutré d'une peau apprêtée
Une douceur veloutée et un peu sèche de racine d'iris, de violette et de talc fin, comme une poudre de riz ou du linge propre réchauffé par la peau. Intime, raffinée et nostalgique, elle fond un parfum en une brume douce et capitonnée.

Galbanum
Un vert si amer qu'il frôle la térébenthine
Ce que c'est
Une gomme qui s'écoule des entailles pratiquées dans les tiges et les racines d'un fenouil géant d'Iran et d'Asie centrale. Une fois durcie, elle est distillée à la vapeur pour donner une huile, ou extraite en une absolue brune, sombre et épaisse.
Son odeur
Amer, tranchant et d'un vert agressif, une poignée de tiges cassées avec une pointe de térébenthine. Dessous se tient quelque chose de musqué, presque balsamique. À l'état de trace plutôt qu'en dose, il devient frais et perlé de rosée, plus jardin qu'agression.
En parfumerie
L'une des rares notes de fond vertes naturelles, employée comme fixateur et comme signature d'ouverture du chypre vert. Il s'associe à la mousse de chêne, à l'iris, à la jacinthe et au néroli, et a plus d'une fois été surdosé à dessein.
Bon à savoir
Le livre de l'Exode le nomme parmi les ingrédients de l'encens sacré du Temple, et on le brûlait aussi dans l'Égypte et la Perse antiques. Des milliers d'années plus tard, l'Iran fournit toujours l'essentiel de cette gomme.

Aldéhydes
Un éclat pétillant et cireux qui a fondé le parfum moderne
Ce que c'est
Soufflez une bougie : cette odeur cireuse, c'est cette famille de molécules. La parfumerie emploie les aldéhydes gras, des chaînes carbonées classées selon leur longueur. D'abord repérés dans l'essence de rose et le zeste d'agrumes, ils sont aujourd'hui fabriqués en laboratoire.
Son odeur
Lumineux, abstraits, effervescents. Cireux et savonneux, avec une arête métallique, quelque part entre le linge propre, un fer à repasser chaud et le zeste d'orange. Ils fusent avec force en tête, puis emportent dans l'air tout ce qui se trouve en dessous.
En parfumerie
Employés à doses infimes, tout en haut de la composition, ils apportent rayonnement et volume au-dessus d'un cœur floral. Le C-10, le C-11 et le C-12 forment le trio classique, et l'éclat neigeux qu'ils produisent a donné naissance à toute une famille de parfums.
Bon à savoir
Leur célébrité tient en partie du hasard. Un parfumeur aurait surdosé les aldéhydes lors d'un essai en 1921, et le client aurait choisi précisément cet échantillon. Tout un style de parfumerie est né d'une erreur que personne n'a corrigée.

Labdanum
Résine ambrée collante grattée sur le ciste brûlé de soleil
Ce que c'est
L'été, un ciste méditerranéen exsude par ses feuilles une gomme sombre, assez collante pour vous souder les doigts. Pour la recueillir, les récolteurs font bouillir les branches ou les raclent, puis tirent de cette gomme brute une absolue et un résinoïde.
Son odeur
Une chaleur balsamique, puis du cuir, des fruits secs, du miel et une volute de fumée. L'ouverture évoque presque l'ambre gris. Des heures plus tard, il s'est fondu en un tabac brun et une peau patinée, et il tient toujours.
En parfumerie
Retirez le labdanum, et la plupart des accords ambre s'effondrent : c'est sur lui que l'on pose la vanille et le benjoin. Il fixe une formule, donne leur profondeur aux chypres et aux cuirs, et s'accorde avec la rose, la mousse de chêne et l'encens.
Bon à savoir
Avant la distillation, il y avait les chèvres. Tout l'été, les troupeaux broutaient dans les fourrés de cistes ; la gomme s'agglutinait dans leur barbe et sur leurs cuisses, et les bergers la recueillaient au peigne. Le labdanum est l'une des plus anciennes matières aromatiques encore utilisées.


Clémentine
Agrume d'hiver sucré, qui se pèle en quelques secondes
Ce que c'est
Une mandarine croisée avec une orange douce, presque sans pépins, qui mûrit au cœur de l'hiver autour de la Méditerranée et en Afrique du Nord. L'huile est pressée à froid à partir de cette écorce fine, celle qui se détache d'un seul tenant.
Son odeur
Juteuse et ronde, sans l'acidité tranchante du citron ni le mordant de l'orange. L'huile d'écorce est confite et acidulée, presque florale, avec un fil d'amertume en lisière qui l'empêche de tourner au sirop.
En parfumerie
Une note de tête à l'ouverture aimable plutôt que tonique. Plus douce que la bergamote, elle convient aux gourmands et aux compositions d'hiver enveloppantes, s'accorde sans peine avec la vanille, le gingembre, le néroli et les autres agrumes, et donne aux premières minutes un éclat qu'on croirait comestible.
Bon à savoir
Le fruit est né d'un hasard. Un moine français, le frère Clément, en a trouvé le semis dans le jardin d'un orphelinat en Algérie et l'a greffé, et le fruit a pris son nom. Parce qu'il mûrit en plein hiver, il est devenu l'agrume des souliers de Noël.


Jacinthe
Fleurs fraîches du printemps, d'un vert miellé et narcotique
Ce que c'est
Un épi printanier dense de clochettes, cultivé aux Pays-Bas par champs entiers, dont la véritable absolue, extraite au solvant à partir des fleurs fraîches, est si rare et si coûteuse que presque toutes les jacinthes de la parfumerie sont des reconstructions.
Son odeur
Verte avant d'être florale : froide, feuillue, aqueuse, traversée d'une douceur miellée et acérée, avec quelque chose de narcotique en dessous. On y sent aussi la terre, et le bulbe. Croquante et pleine de sève au début, puis douce et indolique.
En parfumerie
Au cœur, elle donne aux floraux verts leur volume et leur élan, aux côtés du galbanum, du narcisse, de la rose et de la feuille de violette. Elle apporte la texture fraîche et perlée de rosée d'un jardin au tout début du printemps, juste après la pluie.
Bon à savoir
Une seule molécule fait presque tout le travail. Le phénylacétaldéhyde représente à peine un pour cent de l'absolue, mais le nez le perçoit à des doses infinitésimales, ce qui explique qu'une version de laboratoire puisse passer pour la fleur.


Lavande
Bleu herbacé et frais d'un coteau ensoleillé
Ce que c'est
Les sommités fleuries sont coupées en pleine floraison et partent directement à l'alambic, où les épis violets livrent une huile pâle. L'extraction aux solvants donne, elle, une absolue plus sombre. La Provence et la Bulgarie en fournissent l'essentiel.
Son odeur
Vive et verte au départ, presque mentholée, avec un souffle frais et camphré sur une tendre douceur florale. En séchant, elle se fait plus chaude : foin, vanille légère, calme poudré. La vraie lavande est plus ronde et plus douce que le lavandin, son hybride.
En parfumerie
Associée à la mousse de chêne, à la coumarine et à la fève tonka, elle donne une fougère, la structure des salons de barbier à l'origine d'innombrables masculins aromatiques. La lavande va de la tête jusqu'au cœur, rafraîchit les floraux lumineux et adoucit les eaux de Cologne aux agrumes.
Bon à savoir
Les champs de Provence que photographient les touristes sont surtout du lavandin, un hybride stérile qui donne bien plus d'huile à l'hectare. La vraie lavande, elle, recule vers les hauteurs : une maladie bactérienne transmise par des insectes suceurs de sève a repoussé les cultures vers des altitudes plus fraîches.

Sauge
Herbe aux feuilles argentées, sèche et légèrement camphrée
Ce que c'est
Deux plantes répondent au nom de sauge. La sauge officinale donne l'huile tranchante et médicinale ; la sauge sclarée, une huile plus douce, ainsi qu'une absolue ambrée. Toutes deux sont des arbustes méditerranéens de la famille de la menthe, distillés à la vapeur à partir de leurs feuilles argentées et de leurs sommités fleuries.
Son odeur
Verte et sèche, avec une morsure camphrée et fraîche qui paraît presque mentholée. La sauge officinale est la plus tranchante, la plus médicinale. La sclarée s'adoucit en notes de thé, d'ambre et d'un léger tabac musqué. L'ensemble tire vers le salé plutôt que vers le sucré.
En parfumerie
L'élan herbacé qui soutient une fougère, c'est généralement elle. La sauge officinale se place en haut, avec la lavande, les agrumes et le géranium ; la sclarée descend plus bas, rondeur ambrée qui assure la cohésion du fond et que l'on retrouve dans les accords salés de bois et de sauge.
Bon à savoir
C'est grâce à la sauge sclarée que l'ambre moderne se passe de baleine. Son sclaréol est la matière que les chimistes transforment en Ambrox, la molécule qui a remplacé l'essentiel de l'ambre gris : une herbe des champs à la place d'une matière rejetée par la mer.
Prune
Fruits sombres compotés, d'une douceur vineuse, jamais juteux
Ce que c'est
La pêche vient des lactones, la pomme des esters. La prune, elle, vient des damascones, miellées et vineuses, d'où son caractère sombre plutôt que juteux. Il n'existe pas d'huile de prune ; le davana et l'osmanthe renferment les mêmes molécules pour une construction botanique.
Son odeur
La version de laboratoire est confiturée, un peu confite, lumineuse et constante de la tête au fond. La version botanique est plus sombre : un fruit cuit longuement puis laissé à refroidir, dont la douceur se retire à mesure qu'une facette de fruit sec apparaît, sur le tard.
En parfumerie
La rose, le patchouli, les bois et l'ambre l'accueillent volontiers, et elle se glisse dans les gourmands comme dans les chypres sans sucrer ni les uns ni les autres. Là où la pêche allège une composition, la prune la leste. Plus velours que jus.
Bon à savoir
Une trace de damascénone suffit ; davantage, et elle prend le dessus sur la formule. Il en va de même pour le davana. L'osmanthe est l'un des rares naturels à sentir le fruit à noyau par lui-même, et une absolue de fleur, qui plus est.


Rose
Douceur perlée de rosée sur une morsure verte et poivrée
Ce que c'est
La plupart des roses de parfumerie appartiennent à l'une de deux espèces : la damascena de Bulgarie et de Turquie, la centifolia de Grasse. Les fleurs entières sont cueillies à la main d'avant le lever du soleil jusqu'à dix heures et demie environ, puis distillées en otto ou extraites au solvant en absolu.
Son odeur
Fraîche, miellée, verte sur les bords, avec encore un peu de rosée sur elle. Dessous se tiennent l'épice et le fruit, et dans l'absolu une profondeur sombre et confiturée. L'otto s'ouvre net et lumineux ; l'absolu est plus chaud, plus fumé, plus proche de la peau.
En parfumerie
La rose se comporte moins comme une note que comme une palette entière. Elle porte seule un parfum ou se fond dans un chypre, s'assombrit face à l'oud et au patchouli, devient poudrée auprès de la violette, et tient ensemble un cœur floral.
Bon à savoir
Les deux extractions n'offrent pas le même rendement. L'otto demande trois à quatre mille kilogrammes de fleurs pour donner un kilogramme d'huile. L'absolu, tiré au solvant, y parvient avec environ un septième des fleurs.


Iris
Terre poudrée et fraîche issue d'une racine patiemment vieillie
Ce que c'est
L'iris des parfumeurs ne vient pas de la fleur mais de la racine. Les rhizomes arrachés sont séchés puis laissés vieillir trois à cinq ans, le temps que se forment les irones aromatiques, avant d'être broyés et distillés à la vapeur en un beurre d'iris cireux.
Son odeur
Frais, poudré et racinaire : violette, suède et bois fraîchement scié saupoudrés de poudre de riz. Dessous, une terre minérale et humide, une légère douceur de carotte, un moelleux beurré. Plus texture que parfum, il reste discret sur la peau.
En parfumerie
Rien d'autre ne donne à un mélange cette retenue fraîche et poudrée. Il stabilise les chypres et les floraux, ôte son éclat trop vif à la rose et à la violette, et prête au bois de santal et à l'ambrette un fini de velours. L'iris assagit un parfum.
Bon à savoir
Une tonne de rhizomes séchés et vieillis donne environ deux kilogrammes de beurre. Ajoutez les années d'attente avant même de pouvoir le distiller, et vous comprenez pourquoi le véritable iris se trouve dans si peu de flacons.
Jasmin
La fleur blanche envoûtante au cœur battant de la parfumerie
Ce que c'est
La cueillette se fait à la main, dans l'obscurité, d'avant l'aube jusqu'au matin. Trop fragiles pour la distillation, les fleurs sont traitées au solvant, qui capte leur huile dans une concrète cireuse ; l'alcool en extrait ensuite l'absolue.
Son odeur
Sucré, lourd et miellé, avec quelque chose de vaguement animal en dessous. Le sambac se montre vert, lumineux, aux nuances de thé ; le grandiflorum est plus fruité, plus crémeux, plus lourd sur la peau. Tous deux évoluent vers un fond chaud et doux, avec un musc aux accents de champignon que l'on ne perçoit que de près.
En parfumerie
Placé au cœur, il relie une ouverture d'agrumes aux bois du fond, en donnant du volume aux deux. La rose, la tubéreuse, le bois de santal et le musc s'y marient tous volontiers. Bien des parfums reposent sur le jasmin, et sur lui seul.
Bon à savoir
Il faut environ cinq mille fleurs cueillies à la main pour un seul gramme d'absolue, l'une des matières les plus coûteuses de la parfumerie. Sa profondeur tient en partie à l'indole, qui sent la décomposition lorsqu'il est concentré et devient rayonnant à la dose infime que porte la fleur.

Gardénia
Fleur blanche crémeuse au cœur champignon
Ce que c'est
Un arbuste persistant et luisant de la famille du caféier, venu de Chine et du Japon, dont les fleurs blanches et cireuses refusent de livrer leur huile. Les parfumeurs analysent donc l'air qui entoure la fleur vivante et la reconstruisent à partir du jasmin, de la tubéreuse et de molécules de synthèse.
Son odeur
Luxuriant et crémeux, la douceur du jasmin posée sur la richesse de la tubéreuse, avec une ouverture d'une fraîcheur verte, presque beurrée. En son cœur se loge la part étrange : une facette de champignon et de noix de coco, charnue et vaguement salée, qui empêche la douceur de tourner au bonbon.
En parfumerie
Les parfumeurs l'emploient au cœur, où il apporte un corps velouté aux compositions de fleurs blanches et tropicales. Il s'associe à la tubéreuse, à l'ylang-ylang, au jasmin et à la noix de coco, et tient la vedette dans les soliflores construits tout entiers autour de la fleur.
Bon à savoir
Une véritable absolue de gardénia n'existe pratiquement pas dans le commerce : la fleur rend trop peu pour que l'extraction soit rentable, si bien que presque toutes les notes de gardénia sont des reconstructions. Le gardénia que vous sentez n'a, selon toute vraisemblance, jamais approché un gardénia.

Baume de Tolu
Cannelle, vanille et lente chaleur ambrée
Ce que c'est
Entaillez l'écorce en V, et l'arbre laisse couler une résine brune et collante qui durcit au contact de l'air. C'est le baume de Tolu, récolté sur un arbre de la famille des légumineuses en Colombie et raffiné en résinoïde ou en absolu.
Son odeur
Chaud, sucré et moelleux, la cannelle tissée dans la vanille et le miel séché. Il s'ouvre résineux avec une légère touche florale, puis passe des heures à se poser en sucre caramélisé, vieux bois et tabac séché. Rien en lui n'est tranchant.
En parfumerie
Une note de fond qui remplit deux rôles à la fois : elle adoucit et elle fixe, donnant aux accords ambrés, orientaux et gourmands leur tenue. La vanille, le benjoin, le labdanum et le tabac sont ses compagnons naturels.
Bon à savoir
Il doit son nom à Tolú, en Colombie, et au peuple Tolú, qui utilisait la résine bien avant qu'aucune chronique espagnole ne la consigne. La parfumerie est venue tard : le baume a d'abord passé des générations dans les sirops contre la toux et les pastilles pour la gorge.

Mousse de chêne
L'âme verte et humide du sous-bois
Ce que c'est
Ce n'est pas du tout une mousse, mais un lichen, raclé sur l'écorce des chênes et d'autres arbres à feuilles caduques à travers l'Europe tempérée, la Russie et l'Afrique du Nord. Les solvants transforment la récolte en une concrète sombre et visqueuse, puis en l'absolu qu'utilisent réellement les parfumeurs.
Son odeur
Pierre mouillée, écorce humide et, en dessous, quelque chose d'encré et de cuiré, sec et légèrement amer. Ce n'est pas un vert frais : c'est la fraîcheur du sol sous les vieux arbres, quand la pluie a détrempé la terre.
En parfumerie
L'épine dorsale du chypre : une note de fond qui donne à un parfum son ombre et sa charpente, classiquement sous la bergamote, aux côtés du labdanum et du patchouli. Tout ce que l'on décrit comme moussu, vintage ou vert-masculin s'appuie généralement sur elle.
Bon à savoir
La mousse de chêne contient deux allergènes, l'atranol et le chloroatranol, assez puissants pour que l'UE les interdise purement et simplement dans les cosmétiques. Les parfumeurs utilisent aujourd'hui des qualités épurées, mais c'est la limitation antérieure de l'extrait qui a changé l'odeur du chypre classique.

Castoréum
Peau de castor fumée, avec une pointe d'aspirine
Ce que c'est
Un marquage de territoire, en somme. La sécrétion des poches à castoréum du castor, que les trappeurs font sécher avant d'en tirer une teinture ou une absolue, même si ce que vous sentez aujourd'hui dans presque tous les flacons en est la version synthétique.
Son odeur
Un cuir sombre et goudronneux à la pointe médicinale, comme une fumée de bouleau montant d'un manteau mouillé. En dessous, de la douceur : fruits secs, foin, une touche de vanille. Diluez-le suffisamment et le grondement se mue en un suède chaud.
En parfumerie
Il ancre le fond et soutient tout ce qui se trouve au-dessus : la peau d'un parfum cuir, la fumée d'un cuir de Russie, la longue traîne d'un vieil oriental. Il a pour compagnons le goudron de bouleau, le labdanum, la mousse de chêne et le tabac.
Bon à savoir
Les castors se nourrissent d'écorce de saule et de peuplier, riche en salicine, le composé à l'origine de l'aspirine, et cela se sent : un fil frais, presque médicinal, sous tout ce cuir. Il sert aussi depuis longtemps d'arôme alimentaire.

Benjoin
Baume chaud et vanillé, pleuré par un arbre incisé
Ce que c'est
Le benjoin ne coule pas de lui-même. Il faut entailler l'écorce d'un styrax, au Laos, au Vietnam ou à Sumatra, et la blessure laisse pleurer une gomme qui durcit au fil des mois en larmes rougeâtres.
Son odeur
Doux, chaud, indéniablement vanillé, avec en dessous une douceur ambrée et poudrée. Le benjoin du Siam est plus rond et plus crémeux ; celui de Sumatra, plus fumé, a un mordant de cannelle. Laissé sur la peau, il devient presque caramélisé.
En parfumerie
Une note de fond qui agit à la fois comme fixateur et comme édulcorant, donnant leur éclat aux accords ambrés et tenant en place le reste de la composition. Aux côtés du labdanum, de la fève tonka et de l'encens, elle adoucit les angles vifs.
Bon à savoir
Le mot benzène vient d'ici. Les chimistes ont nommé l'acide benzoïque d'après cette résine, et le benzène a tiré son nom de l'acide. Le nom de la résine elle-même est une expression arabe usée par le temps, luban jawi, « l'encens de Java ».


Cuir
Peau tannée, fumée et chaleur animale
Ce que c'est
Il n'existe pas d'huile essentielle de cuir. Les parfumeurs en reconstruisent l'odeur à partir de goudron de bouleau et de cade, de bois fumés distillés, de résines de styrax et de labdanum, d'isobutyl quinoléine et de molécules de type safraléine, faisant écho aux tanins et huiles jadis utilisés pour tanner les peaux.
Son odeur
Fumé, sec et animal, du suède neuf et souple à la vieille selle poisseuse. Les versions au goudron de bouleau évoquent la suie et le phénolé, presque le feu de camp et le pansement ; les accords de suède plus doux virent au poudré, au floral et à la chaleur de peau.
En parfumerie
Une note de fond qui donne épine dorsale et une arête charnelle. Elle se révèle surtout sous la rose et la violette, aux côtés du tabac et de l'oud, et un cœur floral posé sur du cuir devient indéniablement humain.
Bon à savoir
Le genre est né en Russie, où les bottes et les reliures de livres étaient traitées au goudron de bouleau, et le cuir russe évoque encore cette odeur. Les véritables huiles de tannage ont été largement restreintes pour des raisons de sécurité, si bien que les cuirs d'aujourd'hui sont des reconstructions.
Immortelle
Foin brûlé de soleil aux accents d'érable et de curry
Ce que c'est
Les jardiniers appellent cet arbuste méditerranéen argenté l'herbe à curry, et une seule feuille froissée suffit à expliquer ce surnom. Ses petits capitules jaunes sont distillés à la vapeur pour donner une huile, ou extraits au solvant pour obtenir une absolue.
Son odeur
Camomille séchée et paille chaude, puis un tranchant de feuille de curry auquel vous ne vous attendez pas. La douceur suit : sirop d'érable brûlé, caramel, un souffle de tabac. Elle s'achève miellée et épicée de fenugrec, avec quelque chose de vaguement médicinal en dessous.
En parfumerie
Elle se place au cœur et en fond, où sa chaleur de tabac et de liqueur s'accorde sans peine avec les bois, le cuir et l'ambre. Les parfumeurs l'opposent à la lavande lorsqu'ils veulent que sa douceur se lise comme un contraste plutôt que comme un dessert.
Bon à savoir
Le nom est à prendre au pied de la lettre : coupées et séchées, les fleurs gardent leur forme et leur couleur pendant des années, ce qui leur a valu une place dans les couronnes funéraires de l'Antiquité. Les rendements sont infimes dans un cas comme dans l'autre, si bien que l'immortelle compte parmi les naturels les plus coûteux.


Vanille
Gousses d'orchidée affinées, crème anglaise et fumée légère
Ce que c'est
Les gousses vertes qui se détachent de la liane d'orchidée ne sentent presque rien. Le parfum se fabrique, il ne se trouve pas : des mois de blanchiment, d'étuvage au soleil et de séchage lent avant que la vanilline n'apparaisse. Le Mexique d'abord, Madagascar aujourd'hui.
Son odeur
La crème anglaise et le caramel d'abord, puis quelque chose de plus sombre en dessous : des fruits secs et un fil de fumée de tabac. Elle devient poudrée en séchant et reste près de la peau. Une vraie vanille affinée paraît plus profonde que la vanilline seule.
En parfumerie
Les parfumeurs s'en servent pour arrondir les angles. Tout ce qui est trop vif, trop vert, trop austère gagne en chaleur et en corps sur un fond de vanille, c'est pourquoi elle ancre tant de compositions orientales et gourmandes, aux côtés de la tonka, de l'ambre, du bois de santal et des épices.
Bon à savoir
Chaque fleur ne s'ouvre qu'un seul jour. Passé ce jour, pas de gousse : toutes sont donc pollinisées à la main, selon une technique mise au point par Edmond Albius, un garçon de douze ans réduit en esclavage à La Réunion. Aujourd'hui, l'arôme vanille est en majorité synthétique.

Styrax
Cuir tanné, cannelle et peau chaude
Ce que c'est
Entaillez un copalme, le Liquidambar, et il laisse perler un baume gris et collant. Ce baume, c'est le styrax, aussi appelé storax, et, pour compliquer les choses, il n'a rien à voir avec le genre Styrax, qui donne, lui, le benjoin.
Son odeur
Doux, chaud et balsamique, avec du cuir, de la fumée et une touche de cannelle. En dessous court quelque chose de presque vanillé, à la chaleur de la peau. Il s'ouvre sur une note vaguement médicinale et évolue vers un fond ambré et tenace, comme une peau tannée.
En parfumerie
Les parfumeurs le réservent au fond, où il fixe la formule et apporte le cuir lui-même. Mêlez-le à l'ambre et à l'encens, et vous obtenez le revers chaud et animal des cuirs et des chypres classiques.
Bon à savoir
Les temples le brûlent depuis des millénaires, et la raison tient à son odeur : de tous les baumes, c'est celui qui sent l'humain. Une peau chaude, pas une fumée d'église.
Costus
Cheveux et peau tièdes, animalique et troublant
Ce que c'est
Un chardon de l'Himalaya dont les racines, appelées kuth en Inde, sont séchées et vieillies, puis distillées à la vapeur ou extraites au solvant en une huile épaisse et sombre, dont l'odeur n'a presque rien de végétal.
Son odeur
Cheveux non lavés, cuir chevelu, laine portée, sur un fond terreux et gras. Sous ces relents, certains perçoivent une facette sèche d'iris et de violette ; d'autres parlent de chien mouillé ou de vieux cuir. Dense, lent à s'estomper, et légèrement sucré à la fin.
En parfumerie
En fond, il donnait à un chypre ou à un cuir l'air d'avoir déjà été porté par quelqu'un. Les parfumeurs se tournent aujourd'hui vers des reconstitutions sans risque, comme Costus Oliffac, pour retrouver cette même signature de chevelure.
Bon à savoir
La parfumerie y a renoncé en 2006, lorsque l'huile naturelle a été jugée trop sensibilisante pour être employée sur la peau. La plante est de toute façon protégée et en danger critique d'extinction, surexploitée pour ces racines mêmes qui faisaient tout son intérêt.
Caractère Olfactif
Dès les premières secondes, le galbanum et les aldéhydes se projettent avec netteté, avant que la clémentine et la jacinthe n'adoucissent les contours en quelque chose d'herbacé et de frais. Le cœur s'épaissit à mesure que la rose et la prune se fondent dans l'iris, l'accord tout entier devenant plus intime et talqué. Dans le fond, la mousse de chêne et le castoréum l'ancrent à la peau, tandis que le cuir et l'immortelle se faufilent à travers le benjoin et la vanille avec une chaleur animale et résineuse qui s'attarde, tout près, pendant des heures.
À Porter
Ce sont les soirées d'automne et les mois plus froids qui rendent le mieux justice à sa densité : un parfum qui s'accorde à un manteau, à la lueur des bougies ou à un dîner habillé, là où une composition maîtrisée et sans concession est exactement ce qu'il faut.
Choisir les options



L’Atmosphère
Le Nez
Bertrand Duchaufour
Fondateur et parfumeur
Parfumeur français formé à Grasse chez Lautier Florasynth, il a été le parfumeur maison de L'Artisan Parfumeur et dirige aujourd'hui sa propre maison parisienne, L'Entropiste. Il est surtout connu pour l'encens : L'Artisan Parfumeur Timbuktu et Dzongkha, Comme des Garçons Avignon et Amouage Jubilation XXV.
La Maison
Une parfumerie française classique, en flacons surmontés d'un buste, savourée au verre.
MDCI traite la parfumerie comme un collectionneur privé traite sa cave, commandant discrètement certains des nez les plus respectés du métier et refusant de précipiter une formule. Chaque sortie semble composée plutôt qu'expédiée, tout en construction soignée et en assurance d'un autre temps.
- Origine
- Paris, France
- Fondée en
- 2003
- Connue pour
- Chypre Palatin, Invasion Barbare


CHAQUE DÉCANT
Du flacon d'origine jusqu'à votre porte
Nous achetons le flacon d'origine au prix public, directement auprès de la maison.
Une seringue Socorex de qualité médicale prélève les millilitres exacts directement dans le flacon.
Glissé dans son coffret doré à chaud et confié à DHL, tous droits déjà réglés. Comment naît un décant





































